Du vent dans le sablier

 

1986.

Christian Rouillard ayant en projet de réaliser un film avec Jacques Templeraud, m’a demandé d’en écrire le scénario. C’est la case départ.

Extrait du scénario tapé machine

scénario

Pour faire connaissance avec ce grand Jacques, j’ai organisé une big fête à mon domicile de l’époque, avec un programme de choix, en première partie de soirée « Le petit chaperon rouge » de Jacques Templeraud ensuite, pour finir la nuit, un concert de jazz avec le groupe « Aphrodite jazz ». Mémorable !

label

Jacques Templeraud/ Théâtre Manarf

JacquesPhoto : Jef Rabillon

Jacques est un comédien, metteur en scène, de théâtre d’objets, un maître, une référence internationale. Avec un pot de yaourt, une tête de poisson et une pomme de terre cuite (et chaude) il pouvait nous raconter, tout en borborygmes, des histoires désopilantes. Ou, plus grave, en amassant des morceaux de poupées et baigneurs dans une charrette en bois, déclamer un poème de Gaston Couté…

jacques_templeraud

Pour moi, c’était OK bien évidemment de faire un film avec lui !

J’allais écrire un scénario totalement déjanté qui reçu néanmoins l’aval de la Région et donc des subventions pour réaliser ce film intitulé « Du vent dans le sablier » qui deviendra plus tard

« La Naufrageuse »

Le personnage du film vit dans un coquillage avec son phare, son casque, sa cafetière…

phare

 

Que je vous raconte un peu…

C’est l’histoire d’un dompteur d’escargot vêtu d’une redingote de Sergent Pepper, vivant dans un coquillage bouffé par un blockhaus (ou l’inverse)  et qui, lorsqu’il jouait Mozart sur son cor entendait une voix qui lui disait : encore !… Après, le scénario se complique un peu…

Concerto pour cor de Mozart

le cor

 

Comme c’est un dompteur il aime jouer de son fouet ( C’est humain ). Et chaque fois qu’il fouette l’air, le papier peint collé sur le coquillage se décolle et s’enroule sur lui-même (C’est normal). Sur le papier peint une fenêtre est dessinée, avec un soleil qui se couche à l’horizon. Donc, quand le papier peint s’enroule, il fait nuit.

Le dompteur va recoller le papier peint

jacques templereau

Le dompteur retire sa redingote,  recolle le papier peint, et le soleil se lève à l’horizon. Il peut donc jouer un concerto pour cor de Mozart…

Cette redingote a été réalisée par ma maman, créditée « Mamyvonne » au générique.
Elle a aussi
fabriqué les autres costumes du dompteur, mais pas ceux de la naufrageuse…

la redingote

Le cœur du mannequin bat quand le dompteur enlève ou remet sa redingote

le manequin

Quand il s’arrête de jouer une voix de petite fille lui demande de rejouer encore… Vous suivez ? La naufrageuse c’est elle. C’est elle qui écoute le coquillage dans lequel vit notre dompteur…  

La naufrageuse, c’est elle !

la naufrageuse

 

Papier peint avec fenêtre et lever de soleil.
Comme il a ouvert la porte du blockhaus pour prendre une bouteille de lait,
un nuage de feuilles bleues s’est engouffré dans le coquillage…

feuilles mortes

C’est dans ce fauteuil (gros coquillage réalisé en plâtre) qu’il déguste sa bouteille de lait.

le fauteuil

Et quand il est fatigué de jouer du cor, la petite fille secoue le coquillage qui ne fait plus de musique, provoquant ainsi l’ensablement final de l’intérieur du coquillage… C’est fini !

Enfin presque, car dans mon histoire, cette petite fille, cette naufrageuse, se trouvait elle-même prisonnière d’une boule à neige et se retrouvait cul par-dessus tête à la toute fin du film…

Oufffff !

Intérieur du coquillage (deux mois de construction !)
Château de sable, demi-frigo, boules à neige et bulles provenant de la télé…

le décor

La télé,
à l’intérieur,  une canette de Coca-Cola (en guise programme)
bulle, bulle, bulle,

puis dégueule et envahit tout l’espace !

télé

 

Paul Cornet à la caméra au milieu des bulles

paul Cornet

Le décor était délirant. Deux mois de construction, entièrement construit en plâtre. Des tonnes de sable remuées plusieurs fois par jour au gré du plan de tournage. Un tournage claustrophobique, car toute l’équipe se trouvait coincée à l’intérieur du gros colimaçon. Coincée, ensablée et naufragée aussi !

Masque à gaz de rigueur quand il ouvre la porte sur l’extérieur

masque à gaz

Le résultat ne fut pas à la hauteur de nos intentions/prétentions ! Trop de, tue le ! Nous n’avions pas les moyens techniques (donc financiers) de réaliser tous ces délires graphiques et visuels, tous ces effets spéciaux suggérés dans le scénario. Donc, à force de supprimer les plans un peu foireux, le montage final devenait incompréhensible.

Le film projeté au Cinématographe à Nantes en avant-première mondiale fit un grand plouf !

 

L’affiche

affiche de la naufrageuse

Tout en décidant que ce film serait pour moi le dernier, j’étais (et je suis toujours) convaincu que nous avons conçu une œuvre étrange, un ovni, un écrin magnifique pour un album fantasmé de références visuelles allant de Marylin aux Beatles en passant par Coca-Cola et boules à neige désuètes.

Le décor dans son ensemble.
Magnifique papier peint avec sa fenêtre aux levers et couchers de soleil

le château de sable

Le générique de fin.

générique de fin

 

 

 

 

 

 

5 Comments

  1. Christian

    Merci pour ce flash-back chaleureux sur une époque déjà lointaine !
    Flop, hélas, oui… Mais une robinsonnade surréaliste époustouflante avec une équipe fabuleuse de doux-dingos !
    Ça ne s’oublie pas !

    Christian

  2. SakaD0

    Oui, Christian, surréalistes, barjos et époustouflants ce décor et cette équipe !
    Mais quand même, si on pouvait en voir un extrait, une bande annonce, cette équipe, peut-être aussi quelques spectateurs seraient ravis… (J’en connais)

  3. David

    Quel plaisir de revoir ces affiches qui ont accompagné mon adolescence quand je passais chez toi avec Gwen. Découvrir l’histoire qui se cachait derrière ces papiers est encore plus fabuleux. Merci Jeannot!

  4. Gwen

    Encore une fois, c’est vraiment dommage de ne pas voir le film.
    Mais comment faire pour que les films soient numérisés, youtubés, partagés ???

    Je me souviens d’une conversation, avec David Becker, un photographe d’ici, qui me soutenait qu’il y aurait moins d’images demain d’aujourd’hui, qu’il n’y a d’images aujourd’hui, d’hier. A cause du numérique et que tout est virtuel. Pour le moment, en lisant ton site je me dis que le vieux Becker était complètement à côté de la plaque.
    David Becker a au moins 40 ans de carrière de photographie au Vanuatu et j’ai du voir 40 photos de lui au maximum lors d’une expo.
    Tout ça pour dire, que c’est bien triste de ne pas voir le film.

    Sinon, le spectacle de Jacques Templeraud et le concert d’Aphrodite Jazz sont gravés à jamais dans ma mémoire. (Mais comme il n’existe pas d’images numériques de cette soirée, je ne pourrais pas les partager avec vous 😛 )

  5. Gwen

    J’oubliais
    J’étais venu voir le tournage et je me souviens des feuilles bleues…
    (du décors aussi mais des feuilles bleues)

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