À Jean-Alain, mon poteau

Ô Corse, île d’amour…

arbre

Lors de mes vacances dans le plus beau pays du monde (d’après les corses eux-mêmes, c’est vous dire si c’est vrai), mon amie Christine résidente à Bastia, me demande de lui écrire un texte qu’elle jouera seule en tournée. Enfin, plus exactement d’écrire un spectacle pour son instrument de musique, un Bâton de pluie qu’elle vient d’acheter lors d’un récent voyage au Mexique. Un bien bel instrument en peau de cactus avec à l’intérieur dix mille coquillages qui dégoulinent en imitant le bruit d’une ondée.

conteuse n&b 2

Aussitôt dit aussitôt fait, je m’achète un stylo une ramette de papier, une bouteille de Casanis pour la Mauresque et des figatalli pour l’apéro, déterminé que je suis d’écrire un texte corse.
Je raconterai donc ma Corse… Avec ses châtaignes, ses saucissons, ses chanteurs, ses cochons, ses chasseurs, ses ânes, ses incendies et une petite Malika qui n’est pas Corse…

Une étrangère sur qui on jette des pierres. Ce n’est pas une spécificité corse… C’est une coutume qui n’a pas de frontière !

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Le texte écrit, nous étions tout à fait prêts pour monter ce spectacle à Bastia. C’était sans compter sur Christine qui avait décidé entre temps d’être enceinte jusqu’aux deux oreilles.

Sûr, elle ne pouvait plus danser dans ce joli costume dessiné par Yolande Damart…

costume conteuse

On ne lui a pas tenu rigueur de ce contretemps, car elle nous a fabriqué un magnifique Mateo !
Pour la récompenser, nous avons construit un bel arbre démontable en guise de décor.

Premiers plans

projet d'arbre

Construction de l’arbre creux

arbre en construction

arbre 2

L’arbre fini !

arbre fini !

La Compagnie Pizzicato a tourné une soixantaine de fois dans tous les villages et les écoles de Corse.

 

Un livre a même été édité grâce au concours de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Corse.

Couverture du bouquin illustré par Didier Foucher

couv bouquin

Manuscrit du début du texte

 

écoute

Premières pages du livre

livre 1

Christine, comédienne, nous raconte l’histoire de Malika…

conteuse 6

 

AKELO
AKELO CÉBO
AKELO
AKELO CÉBO

Dans le pays de Malika, il ne pleuvait que lorsque le marabout le voulait, enfin, c’est ce qu’il disait !

Un jour, ce sorcier très vieux et très pauvre a fait sa valise. Il l’a ficelée sur le dos de sa chèvre. Mais comme elle était encore plus vieille que lui, c’est le vieux qui portait la chèvre sur son dos.
Il a salué tout le village et il a déclaré :
-Je vais faire pousser des radis dans des pays où il est plus facile de faire pleuvoir…
Et il est parti, à Paris !
Depuis ce jour, il n’est plus tombé une seule goutte de pluie.

 

illust 1

Les vaches n’avaient plus de lait et perdaient leurs cornes.
Les arbres n’avaient plus de nids.
Les champs de poussière piquaient nos yeux.
Le sable est entré dans nos maisons, a léché les confitures, avalé toutes les tentures et dévoré mes petits frères Léo et Makali…

 

illust 2

Alors Malika s’enfuie et se retrouve en Corse…

ICI
C’était le paradis.

conteuse 1

Des châtaigniers plus hauts que la lune applaudissaient de toutes leurs feuilles des cochons qui jouaient à saute-mouton.
Des ânes comptaient les points sur leurs doigts, ou sur le dos des coccinelles qui riaient comme des demoiselles (les coccinelles sont bêtes comme pas deux !)
Les garçons, quand ils sortaient de l’école pissaient très haut dans le vent pour se moquer des escargots qui grognaient dans leur coquille :
-C’est pas de l’eau, c’est trop chaud !
C’est pas de la pluie, c’est du pipi !…

escargot

Les filles racontaient en rentrant chez elles qu’elles avaient vu :
-Santa Lucia et Maria la vierge ! Pleurer des pissenlits et couler une cascade d’or au milieu des orties… et qu’il fallait les croire, parce qu’elles l’avaient dit !

conteuse 5

On les croyait et on chantait.
Les vieux sortaient de leur barbe des chants pour les oiseaux.
Les vieilles caressaient de leur voix des petits anges bien nourris qui volent très haut jusqu’au plafond des églises.

Et moi ?
On ne me disait rien. On ne me voyait pas. On faisait comme si je n’étais pas là.
Et c’était très bien comme ça !
J’ai ramassé sur les plages dix mille coquillages, je les ai enfermés dans un bâton de bambou pour qu’ils ne s’envolent pas et je vais de village en village, parler de la pluie et du beau temps.

Quand il fait beau, je fais chanter la pluie.
Quand il pleut, je ne parle que du beau temps.
Je fais la pluie et le beau temps…

illust

On ne me disait rien. On ne me voyait pas. On faisait comme si je n’étais pas là.
Mais on parlait de moi.
On disait :
-C’est elle qui fait la pluie et le beau temps…
Alors on m’invitait par temps de grande sécheresse à jouer de mon instrument.

Moi je disais :
-Ce ne sont que des histoires, des histoires que l’on raconte le soir…
Les nuages craquaient parfois, et la pluie finissait mes histoires…
On m’embrassait, on riait, on chantait.

Un jour, on m’a jeté des pierres, parce que là-haut dans la poussière, le torrent s’était tu et qu’il ne poussait plus que des épines et des cailloux.
On m’a jeté des pierres et traité d’étrangère.

 

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Pourtant ce ne sont que des histoires, des histoires que l’on raconte le soir…

AKELO
AKELO CÉBO
AKELO
AKELO CÉBON
AKELO
AKELO CÉBIEN

Je pense souvent à mes frères…

 

 

conteuse 2

 

 

Ici j’avais des amis, on construisait dans les arbres des châteaux si beaux que les rois qui passaient nous donnaient des grands coups de chapeau :
-Si devant vous, vous avez quelques heures, passez donc par chez nous, pour bâtir nos demeures, on a vraiment besoin de vous !
-Passez votre chemin, nous, les rois, on les jette en prison. Sans pain, sans eau, et sans saucisson !

Mais le plus souvent, c’était les chasseurs qui nous délogeaient de nos cachettes :
-Descendez de là garnements, avec vos cabanes on ne voit plus sur qui on tire, vous nous gâchez notre plaisir et c’est interdit par notre règlement !
…Des cabanes, nos châteaux !…

illus 2

 Mes amis s’appelaient : Joachim Bonnemanière, fils de charcutier. (c’était pas son vrai nom, mais nous on l’appelait Bonnemanière parce qu’il disait toujours des gros mots).
-Joachim, as-tu fait ta prière ?
-Merducul, crot’de nez ! Qu’il répondait…
Et Pierre la châtaigne, parce qu’il en mangeait tous les jours, à chaque repas, du lever au coucher :
-Quand tu auras mangé toute ta purée, tu seras aussi fort que ton père !
Et Pierre ressemblait de plus en plus à Délicat, son cochon, que tout le monde appelait Délicat car il n’aimait pas les marrons !…

 

 conteuse n&b

Les arbres qu’on préférait, c’était les vieux, bien gros, au tronc biscornu et creux. On se cachait dedans pour jouer aux amoureux.
Ils disaient que j’étais du miel et qu’ils voulaient me goûter.

 

illust 3

CHANSON DE MALIKA

Malika, Malika
T’as la peau couleur caramel
Malika, Malika
T’as la peau couleur goût de miel
Malika, Malika
T’as les yeux de café sucré
Malika, Malika
Nous on veut te petit déjeuner

Malika, Malika
-Si je suis aussi sucrée, vous n’avez pas peur
d’avoir mal à votre cœur ?

Malika, Malika
-Si je suis aussi sucrée, vous n’avez pas peur
d’avoir mal dedans ?

Mal dedans, mal d’amour

C’est ce jour là que sont arrivés les deux garçons de la ville…
L’un s’appelait : Pimpon le Fanfaron.
L’autre : Criquette l’Allumette.

-Quand on s’y frotte je perds la tête ! Qu’il disait Criquette l’Allumette.
-On ne se quitte pas d’une semaine, on est copain comme des poux ! Répondait le Fanfaron.

-Si tu ouvres la bouche, si tu fermes les yeux, si tu tires la langue, je ferai une pirouette et tu feras un vœu… Disait l’Allumette.
-Si tu danses pour faire tourner ta robe de lin, je te ferai le coup du hanneton qui fait l’avion… Disait le Fanfaron.

 

 

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-On n’embrasse pas pour une pirouette !
-On ne danse pas pour un hanneton !

 

 

conteuse 4

-Regarde, mes hannetons, j’en ai plein les poches. Je les crève d’un bout de paille, pas trop, pour qu’ils s’envolent.

Et regarde, c’est pour toi… : -Criquette ! Allumette !… Pour tes beaux yeux, j’y fous le feu !…

 

illus 4

Et ils foutaient le feu aux hannetons.
Et ils foutaient le feu aux eucalyptus.
Et ils foutaient le feu aux figuiers.

 

 

illus 5

-Merdunez de crot’ du cul, j’ai oublié de faire ma prière ! Criait Joachim Bonnemanière en s’enfuyant.
-Purée mes châtaigniers ! Se lamentait le petit Pierre en le rejoignant…

Et ils foutaient le feu aux amandiers.
Et ils foutaient le feu aux chênes-lièges.
Et ils foutaient le feu !…

La forêt explosait pour griller le soleil.

 

Recherche de l’affiche

affiche

C’était comme si le monde entier se tordait et qu’un volcan naissait pour nous cracher dessus !
-S’il ne pleut pas, elle va bien cramer encore un mois cette foutue forêt ! Ricanait Pimpon le Fanfaron.
Et ils foutaient le feu aux oliviers.
Et ils foutaient le feu aux arbousiers.
Et ils foutaient le feu ! …

 

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-C’est pour tes beaux yeux qu’on y a mis le feu, pour tes beaux yeux ! Chantait Criquette l’Allumette…

Moi, mes yeux ils pleurent quand les champs de poussière dévorent les maisons et brûlent mes petits frères…
-Fais la pluie ! Fais la pluie ! Éteins les incendies ! Ne laisse pas fondre nos maisons !
Fais venir les nuages ! Fais la pluie ! Fais la pluie !

-Je ne sais pas faire pleuvoir !

-Sorcière ! Étrangère !

 

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Je ne sais pas faire pleuvoir ! Je ne raconte que des histoires, pour toi. Pour toi qui es le plus vieux, le plus grand, le plus biscornu.
Toi qui es le plus bel arbre au tronc creux pour se cacher dedans.

Je n’ai plus d’amoureux et je dors seule dans ton ventre ou dans tes bras.

 

 

illus 6

Je vais construire un mur pour te protéger. j’irai chercher les enfants des villages pour qu’ils viennent t’admirer.
Ils t’apporteront chacun une goutte de pluie. Tu les remercieras en leur donnant un fruit.
Je vais construire un mur pour te protéger.
Tu es le plus bel arbre du pays.
Mais surtout, tu es le dernier !

AKELO
AKELO CÉBO
AKELO
AKELO CÉBON
AKELO
AKELO CÉBIEN

AKELO
AKELO CÉTOU

Recherche de l’affiche

affiche 2

Générique de fin

générique

coprod 1

Autoportrait de Didier Foucher auteur des illustrations du bouquin

DF

 

Et, autoportrait de l’auteur en quatrième de couverture du bouquin

JP

L’affaire se corse !

Jouer une soixantaine de fois en Corse, c’est un fameux succès mais pas un kopeck de droit d’auteur pour ma pomme !
La SACD qui gère les droits des auteurs en métropole n’a jamais pu, en Corse, faire régler aux structures concernées (Région, théâtres, mairies écoles) leur dû, donc au bout du compte mes droits d’auteur et donc le pain et le lait pour nourrir mes enfants… Ô Corse île d’amour !
De quoi attraper la colère, et de jurer que plus jamais on mettra les pieds sur ce fichu caillou !

Mais il suffit d’entendre chanter « Corsica » pour qu’illico on embarque sur le Danielle Casanova rejoindre le port de Bastia !

(J’ai bien géré l’affaire pour ne pas faire sauter mon blog à coup de bouteilles Camping Gaz)

Collector !

Il me reste quelques exemplaires du bouquin,
pour les intéressés, ils savent où me contacter…
(en haut de la page à droite)

couv bouquin

Pace è salute à tutti !

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