Au Cinéma des Familles, Ile de Groix…

Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats

 Tout petit déjà j’en étais intimement persuadé et je me répétais 

 

Quand je serai grand je ferai du cinéma !

Rio Bravo

rio bravo

J’entends encore rire le conseiller d’orientation. Lui me destinait plutôt vers d’autres métiers plus artistiques comme peintre en bâtiment par exemple. Ou plombier, ça gagne bien sa vie un plombier !

Je me consolais en racontant à mes petits voisins sur le chemin de l’école les films que j’avais vus. Surtout ceux que je n’avais pas vus. Puis des films tournés en cinémascope dans ma tête. Je me nourrissais des photos épinglées aux vitrines des cinés du centre ville. Le Colisée, le Studio, le Palace, l’Apollo, l’Olympia et le Katorza. J’avais de quoi faire ! Rien que d’aller acheter le pain je pouvais croiser Alan Ladd, Burt Lancaster ou Gina Lollobrigida !…

La chevauchée fantastique

images

A force de persévérance, d’obstination et de brillantes études à l’école Evariste Luminais, je suis devenu… plombier !
J’entends encore ricaner mes petits voisins…

Les débuts de la couleur

les débuts de la couleur

Quelques années plus tard, comme je griffonnais des dessins vengeurs pour les présenter à « La gueule ouverte » de Gébé ou à « l’Humanité » de Roland Leroy, j’ai rencontré Rino Mondellini le chef décorateur de Carné, Louis Malle, Sautet et Chabrol, entre autres.  Il a bien aimé mes dessins. Il a décroché son téléphone. J’avais un rendez-vous avec Marcel Bluwal aux studios des Buttes Chaumont !  Il s’apprêtait à tourner « Sara » d’après Restif de la Bretonne avec Danièle Lebrun et François Périer. Il avait vingt secondes à m’accorder. Il m’a proposé d’être le trente sixième assistant. J’acceptai en lui baisant ses santiags.

Marie-Reine Josselin, sa première assistante m’a accordé quelques secondes de plus. J’assistais, béat, à l’effervescence d’une préparation de tournage. Quand je l’entends déclarer à l’équipe qu’il lui manque des cracheurs de feu pour la scène du marché, et que c’était hyper-super important, je saute de ma chaise en hurlant : J’en connais !

J’étais devenu à l’instant même l’assistant en chef de la première assistante !

Et…  figurant dans les scènes de foule pour me payer mes sandwichs jambon-beurre…

Danièle Lebrun dans Sara

sara2

François Périer

sara

Luce Garcia-Ville et Roland Bertin

sara3

Ensuite j’ai écrit des scénars et coréalisé une dizaine de films plus ou moins pédagogiques à la fin des années Giscard/début des années Jack Lang…

 Avec Paul Cornet qui réalisait « Le manège enchanté » de Serge Danot nous avons commis un film d’animation intitulé « On les Aura ! »  Quatre minutes trente d’antimilitarisme graphique, un pur bonheur ! Prix, trophées, récompenses et une distribution chez Gaumont.

!

Extrait d’un article d’Alain Lebeau pour la revue Signes (éd. du Petit Véhicule)

on les aura !

on les aura ! (2)

Un beau succès qui nous permit de tourner un autre film mais avec des comédiens pour de vrai cette fois… Ce fut « Équinoxe ou la morte saison » avec Jeannette Granval et Marcel Chicot que nous avons débauché du Centre Dramatique de l’Ouest pour venir interpréter, dans notre histoire, un vieux couple mutique. Un comble pour Marcel Chicot, clown bavard et baratineur, célèbre sur toutes les scènes nantaises pour ses histoires de Ouin-Ouin… Un gage de qualité !

Image extraite du film « Équinoxe ou la morte saison »

mutisme

J’ai aussi écrit un long métrage « La Nasse » que je voulais tourner avec Jean Pierre Sentier. Je n’ai pas eu la fameuse avance sur recettes qui permettait à cette époque d’ouvrir d’autres portes de coffres-forts. Faute d’une poignée de dollars j’ai abandonné le projet.

Scénario de « La nasse »

la nasse

De cette époque je retiendrai surtout les rencontres avec Jacques Demy. Excusez du peu ! Christian Rouillard était responsable de cette organisation, et moi je me souviens avoir mitonné un délicieux lapin à la moutarde que nous avons dégusté à la maison tout en refaisant le monde du cinéma, en toute simplicité… mais sans chanter, d’ailleurs Michel Legrand n’était même pas là…

Avec Christian, justement, nous avons réalisé « La Naufrageuse » un court métrage délirant que nous n’avons toujours pas compris. Il y était question d’un dompteur d’escargot vêtu d’une redingote de Sergent Pepper vivant dans un coquillage et qui, lorsqu’il jouait Mozart sur son cor entendait une voix qui lui disait : encore !… Après, le scénario se complique un peu… Notre dompteur, magnifiquement interprété par Jacques Templeraud, grand maître du théâtre d’objets n’a pas pu empêcher le film de faire un flop assourdissant.

Bref, la  jeune Naufrageuse nous a bien naufragé !


affiche de la naufrageuse

 

J’ai aussi dans mon recueil de souvenirs cinématographiques, un pur moment d’enchantement.

Trois jours de tournage en tant que comédien pour Marcel Bluwal dans un film intitulé « Thérèse Humbert » avec Simone Signoret, François Périer, Christine Murillo, Bernard Fresson, Guy Tréjan, Michel Aumont, Gérard Desarthe…

Sans titre-1

Lors d’un banquet organisé par Thérèse Humbert pour une cinquantaine de convives de la haute bourgeoisie, j’étais dans le costume d’une espèce de ministre et discutait avec l’évêque de Meaux et le préfet de Police, Louis Lépine. Un rôle de composition, car dans la vraie vie je ne parle ni à l’un ni à l’autre !… Thérèse Humbert déboulait dans le groupe, me prenait à partie et déclarait :
-En l’absence du fiancé, prenez-donc le bras de ma chère sœur Marie, et vlan ! Elle me collait dans les jupons de Christine Murillo qui me faisait la gueule évidemment vu que je n’étais pas son fiancé !

Christine Murillo pas contente du tout

christine murillo 1

christine murillo 2

 

 

 

 

humbert 3

évèque de meaux

évèque de meaux 2

Plus tard dans le film, le préfet de police se réfugiait dans mes bras en entendant un coup de révolver, tout tremblant il pleurnichait :
-Je ne supporte pas les coups de feu, même au théâtre !
Et moi de lui répondre MA réplique :
-Pourquoi, ça vous réveille ?
Mon premier texte en tant que comédien, des dizaines de fois ressassé avec diverses intonations comme dans le « Schpountz » de Pagnol. « Tout condamné à mort aura la tête tranchée… » cabotinait Fernandel, moi c’était « Pourquoi, ça vous réveille ? »…

maurice chevit 2

Un préfet de police pleure dans mes bras…

maurice chevitMaurice Chevit

Le jour de la diffusion à la télé, nous étions des millions à attendre ma réplique !
Horreur ! Ce n’était pas ma voix !

 

 

Lors de la postsynchronisation Bluwal avait plaqué sa voix sur la mienne !

Il n’a peut-être pas supporté mon joli timbre, ou alors, j’étais mauvais comme un cochon…

 

 

De quoi faire rire un évêque…

évèqueRobert Murzeau

1 Comments

  1. Alfi

    Belle histoire!
    Tu peux être fier de ta carrière , ce n’est pas donné à tout le monde que d’avoir fait du cinéma
    comme acteur, réalisateur, producteur, scénariste,…défricheur !
    Même si le succès et la célébrité n’ont pas suivi, tu peux te dire : « je l’ai fait ! »
    Beau-Papa ALFI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *