à tous mes potes sur la photo, sauf Machin qu’était vraiment trop con…

 

 

Dictée.
Point à la ligne !

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Pour aller à l’école je devais emprunter ou croiser la rue Urvoy de Saint-Bedan, la rue Montesquieu, de la Rosière d’Artois, Désiré Colombe, Arsène Leloup, et Evariste Luminais…
Je trouvais ces noms bien mystérieux et j’aimais les répéter comme une récitation bien apprise.

 

 

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Mais le plus souvent je chantais en duo avec ma copine Mimi  Fais ta prière Tom Dooley, bientôt tu vas mourir… pour vous dire combien l’idée même de pénétrer dans notre école publique, laïque, obligatoire et de surcroît non mixte,  nous rendait fous de joie !

 

 

Prenez vos cahiers, date et dictée point à la ligne ! Chaque matin Monsieur Launay criait cette phrase en montant l’escalier qui menait à notre classe. Nous, nous l’attendions, le cahier bleu bien ouvert à la bonne page.

 

 La date était écrite et le point posé après le mot dictée. Un rituel infantilisant puisque nous étions une classe d’abrutis !

Du moins notre instituteur aimait à nous le rappeler à la moindre erreur.


 Quand aux fautes d’orthographe, à partir de cinq, nous devions monter sur la table et rester exposés ainsi jusqu’à la fin du cours ! A partir de dix fautes, en plus de l’humiliant zéro, il aimait à nous pincer les cuisses et les fesses. Quand le nombre de fautes dépassaient son entendement, il déchirait la page du cahier et l’épinglait dans notre dos. Nous devions, pendant toute la récréation, faire le tour de la cour sous les quolibets des autres élèves.

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Pour une tache d’encre explosée dans le beau cahier, il avait tellement rossé mon copain Robert, qu’il s’est retrouvé avec une touffe de ses cheveux dans les mains. La dérouillée s’arrêta net. Il demanda à Robert que ses parents viennent le voir après la classe. Peut-être qu’il se sentait un peu merdeux d’avoir scalpé un élève. Mon copain Robert n’a pas moufté, il connaissait la grande tradition de cette époque qui voulait qu’une punition en classe soit doublée en rentrant à la maison. Surtout si on osait se plaindre du Maître d’école et contester la sentence !

Alors on la bouclait et lui, continuait de nous pincer le cul…

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Dans une autre classe, c’est un dénommé Monsieur Mahé qui sévissait. Lui ne frappait pas. Il appliquait au quotidien un programme monotone et soporifique. Je me souviens de ses séances de lecture où nous devions lire à haute voix une page d’un livre. Nous étions une trentaine d’élèves dans la classe. Nous lisions tous la même page. Nous entendions donc trente fois le même récit plus ou moins bien lu. On s’ennuyait comme des rameurs…

De quoi détester la littérature, les littérateurs et les littératothèques !

De plus ce Monsieur détestait sortir de sa classe. Il supprimait les récrés et toutes les sorties organisées à l’extérieur. Les visites du château des Ducs, la séance annuelle de ciné à la salle Francine Vasse ou les concerts de hautbois et de bassons plus ou moins tartignoles.

Il est tombé malade d’une sale bronchite (tubard qu’on disait, il fumait dans la classe son paquet de Celtique par jour et crachait tout jaune… ) Il fut remplacé par un jeune instit pour quelques semaines. Une séance de cinéma scolaire étant organisée par la ligue de l’enseignement, les élèves de la classe ont tous amené leurs quelques anciens francs pour y participer. C’était mal connaitre Notre Bon Maitre, qui se remit plus tôt que prévu de sa maladie et qui se fit une joie de nous rembourser le prix de la séance…

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 Quant à Monsieur Guyader (un autre fumeur lui aussi !) quand il entrait dans la classe nous devions nous lever comme un seul mioche. Le dernier à se mettre au garde-à-vous, parce que distrait ou pas assez vif, se faisait tirer de sa chaise par les cheveux ou les oreilles et recevait un coup de pied au cul pour lui apprendre la vie qui va avec…

Nous étions à l’école de la République.

Le certificat d’études à 14 ans.

L’armée à 19 ans et 2 mois.

Nous étions fin prêts !

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Depuis, j’ai signé des pétitions pour ne pas être atteint du syndrome de Peter Pan, j’aurais bien trop peur de les voir ressurgir de derrière leur pupitre ces « malfaiseux » comme l’écrivait Gaston Couté dans son poème « L’école »

Gaston Couté

1880/1911

L’ÉCOLE

extraits

Les p’tiots matineux sont ‘jà par les ch’mins

Et, dans leu’ malett’ de grousse touél’ blue

Qui danse et berlance en leu’ tapant l’cul,

I’s portent des liv’s à coûté d’leu pain.

L’mét’ d’école les fait mett’e en rangs d’ougnons

Et vire à leu’têt’ coumme un général :

 » En r’tenu’, là-bas !… c’ti qui pivott’ mal !… »

Ça c’est pou’ l’cougner au méquier d’troufion.

On rent’ dans la classe oùsqu’y a pus bon d’Guieu :

On l’a remplacé par la République !

De d’ssus soun estrad’ le met’ leu-z-explique

C’qu’on y a expliqué quand il ‘tait coumme eux.

I’leu’ conte en bieau les tu’ri’s d’ l’Histouére,

Et les p’tiots n’entend’nt que glouère et victouére :

I’ dit que l’travail c’est la libarté,

Que l’Peuple est souv’rain pisqu’i’ peut voter,

Qu’les loués qu’instrument’nt nous bons députés

Sont respectab’s et doiv’nt êt respectées,

Qu’faut payer l’impôt…  » Môssieu, j’ai envie ! …

– Non ! .., pasque ça vous arriv’ trop souvent ! »

I veut démontrer par là aux enfants

Qu’y a des régu’s pour tout, mêm’ pou’la vessie

Et qu’i’ faut les suiv’déjà, dret l’école.

I’pétrit à mêm’ les p’tits çarvell’s molles,

I’rabat les fronts têtus d’eun’ calotte,

I’ varse soun’ encr’ su’ les fraîch’s menottes

Et, menteux, fouéreux, au sortu’ d’ses bancs

Les p’tiots sont pus bons qu’â c’qu’i’ les attend:

Ça f’ra des conscrits des jours de r’vision

Traînant leu’ drapieau par tous les bordels,

Des soldats à fout’e aux goul’s des canons

Pour si peu qu’les grous ayin d’la querelle,

Des bûcheux en grippe aux dents des machines,

Des bons citoyens à jugeotte d’ouée :

Pousseux d’bull’tins d’vote et cracheux d’impôts,

Des cocus devant l’Eglise et la Loué

Qui bav’ront aux lév’s des pauv’s gourgandines,

Des hounnètes gens, des gens coumme i’faut

Qui querv’ront, sarrant l’magot d’un bas d’laine,

Sans vouer les étouel’s qui fleuriss’nt au ciel

Et l’Avri’ en fleurs aux quat’ coins d’la plaine !…

Li ! l’vieux met’ d’école, au fin bout d’ses jours

Aura les ch’veux blancs d’un déclin d’âg’ pur ;

I’ s’ra ensarré d’l’estime d’tout l’bourg

Et touch’ra les rent’s du gouvernement…

Le vieux maît’ d’écol’ ne sera pourtant

Qu’un grand malfaiseux devant la Nature !..

Tests, contrôles, nous on appelait ça des compos !

Tests, contrôles, nous on appelait ça des compos !

 

Bien que rancunier par instinct de survie, j’ai réalisé par la suite une commande de quelques dessins pour illustrer un bouquin pédagogique (genre fais-ci / fais-ça pour profs débutants) modestement intitulé :

Le Livre du Maitre 

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Adieu monsieur le professeur

chantait Hugues Auffray, sacré Hugues !

On ne vous oubliera jamais

Et tout au fond de notre cœur

Ces mots sont écrits à la craie

Nous vous offrons ces quelques fleurs

Pour dire combien on vous aimait

On ne vous oubliera jamais

Adieu monsieur le professeur

ADIEU MR LE PROFESSEUR !

photo de classe 2


Aufray Hugues – Adieu Mr le Professeur par Salut-les-copains


FAIS TA PRIERE TOM DOOLEY

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